4 Suites et séries numériques
Considérons la série \(\sum (u_n).\) Quels sont les critères applicables de convergence ou divergence ? Ce sont des critères qui s’appliquent ultimement, autrement dit seul le comportement à partir d’un certain rang importe.
Isomorphisme somme-différence.
Comparaisons.
Convergence absolue.
Suite géométrique.
Comparaison avec une suite géométrique.
- Critère de d’Alembert
- Critère de Cauchy
Comparaison avec une intégrale.
- \((u_n := f(n)),\) avec \(f\) intégrable.
- Critère : la série \(\sum (u_n)\) et l’intégrale \(\int_a^{+\infty} f\) (pour un certain \(a > 0\)) sont de même nature.
- Hypothèses.
- Formulation classique : \(f\) est positive et décroissante (ou négative et croissante).
- Formulation plus générale : la série \(\sum (\sup_{x\in[n,n+1]}|f(x)-f(n)|)\) est convergente.
- Cas particulier : \(f\) est \(\mathcal{C}^1\) et \(\int f'\) est absolument convergente.
Critère pour les séries alternées.
La relation d’équivalence entre suites (en l’infini) ou entre fonctions (en un point, y compris l’infini) n’est pas une bonne relation d’équivalence.
C’est une relation d’équivalence : elle est réflexive, symétrique et transitive. Mais ce n’est pas une congruence pour l’addition.
Exercice 4.1 (Suite récurrente exponentielle : convergence, équivalence, sommation) Soit \((u_n)\) une suite réelle vérifiant \[ u_{n+1} = \frac{\mathtt{e}^{-u_n}}{n+1}. \]
- Si \((u_n)\) converge, quelle serait sa limite ?
- Étudier la convergence de \((u_n).\)
- En déduire un équivalent de \((u_n).\)
- Étudier la convergence de la série \(\sum u_n\) et de la série \(\sum (-1)^n \cdot u_n.\)
Pour la convergence de la série alternée \(\sum (-1)^n \cdot u_n,\) avec les \(u_n\) positifs, le critère usuel indique de montrer la décroissance de \((u_n)\) et sa convergence vers \(0.\) Ici, nous savons que \((u_n)\) est équivalente à \((1/n).\) Bien sûr la suite \((1/n)\) vérifie le critère. Cependant il est impossible de déduire que \((u_n)\) vérifie aussi le critère par équivalence. En effet,la règle d’inférence suivante est fausse, pour des suites \((a_n)\) et \((b_n)\) positives. \[ \frac{(a_n)\sim (b_n)\quad (b_n)\text{ ultimement décroissante}}{(a_n)\text{ ultimement décroissante}} \quad \mathrm{[FAUX]} \]
Contre-exemple. Considérons les suites (définies pour \(n > 1\)) \[ \left(b_n := \frac1n \right),\qquad \left(a_n := \frac1n + \begin{cases} 0 \text{ si } n \text{ pair,} \\ \dfrac{2}{n \cdot(n-1)} \text{ si } n \text{ impair.}\\ \end{cases} \right) \] Calculons la différence de deux termes consécutifs pour la suite \((a_n)\) : \[ a_{n+1} - a_n = \frac{-1}{n \cdot (n + 1)} + \begin{cases} \dfrac{2}{(n + 1) \cdot n} \text{ si } n \text{ pair,} \\ \dfrac{-2}{n \cdot(n-1)} \text{ si } n \text{ impair.}\\ \end{cases} \]
Cas de \(n\) pair. On obtient : \[ a_{n+1} - a_n = \frac{1}{n \cdot (n + 1)}. \] Ainsi \(a_{n+1} > a_n\) pour tout \(n\) pair.
Cas de \(n\) impair. On obtient : \[ a_{n+1} - a_n = \frac{-1}{n \cdot (n + 1)} + \dfrac{-2}{n \cdot(n-1)}. \] Ainsi \(a_{n+1} < a_n\) pour tout \(n\) impair.
Par conséquent, les différences \(a_{n+1} - a_n\) changent de signe selon la parité de \(n.\) Ainsi, la suite \((a_n)\) n’est ni ultimement croissante, ni ultimement décroissante.
Exercice 4.2 (Séries : critère de comparaison série-intégrale) Soit \(f:[a,+\infty[\to\mathbb{R}\) une fonction localement intégrable. Pour tout \(n\in\mathbb{N}\) tel que \(n\ge a,\) supposons que \(f\) soit bornée sur l’intervalle \([n, n+1]\) et posons \[ \omega_n := \sup_{x\in[n,n+1]}|f(x) - f(n)|. \]
- Critère par sommabilité des écarts aux bornes. Supposons que la série \(\sum_{n\ge N}\omega_n\) converge pour un certain entier \(N\ge a.\) Montrer que la série \(\sum_{n\ge N} f(n)\) et l’intégrale \(\int_N^{+\infty} f\) sont de même nature : elles convergent toutes les deux ou divergent toutes les deux.
- Application à des fonctions suffisamment régulières. Déduire du critère par sommabilité des écarts que si \(f\) est de classe \(\mathcal{C}^1\)1 sur \([a,+\infty[\) et si l’intégrale \(\int_a^{+\infty}|f'|\) est convergente2, alors pour tout entier naturel \(N \ge a,\) la série \(\sum_{n\ge N} f(n)\) et l’intégrale \(\int_N^{+\infty} f\) sont de même nature.
- Critère classique. Déduire du critère par sommabilité des écarts que si \(f\) est positive et décroissante, alors pour tout entier naturel \(N \ge a,\) la série \(\sum_{n\ge N} f(n)\) et l’intégrale \(\int_N^{+\infty} f\) sont de même nature.
Exercice 4.3 (Fonctions à variation bornée : critère de comparaison série-intégrale) Soit \(f:[a,+\infty[\to\mathbb{R}\) une fonction localement intégrable. Pour tout \(n\in\mathbb{N}\) tel que \(n\ge a,\) supposons que \(f\) soit bornée sur l’intervalle \([n, n+1]\) et posons \[ \omega_n := \sup_{x\in[n,n+1]}|f(x) - f(n)| \] et pour toute interpolation linéaire de poids \(\alpha \in [0, 1],\) \[ \mu_n(\alpha) := \sup_{x\in[n,n+1]} \left|f(x)- (\alpha\cdot f(n) + (1 - \alpha) \cdot f(n+1))\right|. \]
Généralisation du critère par sommabilité des écarts. Soit \(N \ge a\) un entier naturel. Montrer l’équivalence suivante pour tout \(\alpha\in[0, 1] :\) la série \(\sum_{n\ge N}\omega_n\) converge si et seulement la série \(\sum_{n\ge N} \mu_n(\alpha)\) converge. En déduire une généralisation du critère par sommabilité des écarts pour la comparaison entre les séries et les intégrales. Rappel : un premier critère par sommabilité des écarts aux bornes est donné dans l’exercice 4.2.
Fonction à variation bornée. On dit que \(f\) est une fonction à variation bornée sur \([a,+\infty[\) si l’ensemble de ses variations discrètes admet une borne supérieure, appelée la variation totale et notée \(V_a^{+\infty}(f).\) Une variation discrète \(V_a(f, x, \sigma)\) est déterminée par un intervalle \([a, x]\) et une subdivision finie \(\sigma\) de l’intervalle \([a, x]\) en \(|\sigma|\) sous-intervalles, soit \[ a = \sigma(0) < \sigma(1) < \cdots < \sigma(|\sigma|) = x, \] et vaut la somme des variations absolues, soit \[ V_a(f, x, \sigma) := \sum_{i=1}^{|\sigma|}\left|f(\sigma(i))-f(\sigma(i-1))\right|. \] Notons \(\mathcal{S}\) l’ensemble des subdivisions, avec \(\mathcal{S} = \bigcup_{x\ge a} \mathcal{S}_x,\) où \(\mathcal{S}_x\) est l’ensemble des subdivisions finies de \([a, x].\) Si \(f\) est à variation bornée, sa variation totale se définit alors ainsi : \[ \begin{align*} V_a^{+\infty}(f) &= \sup_{\sigma \in \mathcal{S}} V_a(f, x, \sigma), \\ &= \sup_{x\ge a} \left(\sup_{\sigma \in \mathcal{S_x}} V_a(f, x, \sigma)\right). \end{align*} \] Montrer que \(f\) est à variation bornée si et seulement s’il existe deux fonctions \(g\) et \(h\) telles que
- \(f\) est égale à la différence entre \(g\) et \(h,\) soit \(f = g - h,\)
- \(g\) et \(h\) sont croissantes,
- la fonction \(g + h\) est bornée.
Montrer qu’il est possible de choisir \(g\) et \(h\) positives.
Application du critère généralisé aux fonctions à variation bornée. Montrer que si \(f\) est à variation bornée, alors pour tout entier naturel \(N \ge a,\) la série \(\sum_{n\ge N} f(n)\) et l’intégrale \(\int_N^{+\infty} f\) sont de même nature.
Il est utile de commencer par une analyse afin de déterminer des candidats possibles pour les fonctions \(g\) et \(h.\)
Supposons \(f = g - h\) et \(B = g + h,\) avec \(B\) bornée. On obtient alors : \[ g = \dfrac{B + f}{2} \text{ et } h = \dfrac{B - f}{2}. \] Il reste donc à deviner la fonction bornée \(B.\) L’hypothèse d’une variation bornée nous donne un candidat naturel, la fonction \(x \mapsto \sup_{\sigma \in \mathcal{S_x}} V_a(f, x, \sigma)\) donnant la borne supérieure des variations sur \([a, x].\)